Poésie pour la Journée mondiale contre l'homophobie

La lumière agonise et meurt à tes genoux.
Viens, ô toi dont le front impénétrable et doux
Porte l’accablement des pesantes années :
Douloureuse, et les traits mortellement pâlis,
Viens, sans autre parfum dans ta robe à longs plis
Que le souffle des fleurs depuis longtemps fanées.

Viens, sans fard à ta lèvre où brûle mon désir,
Sans anneaux, — le rubis, l’opale et le saphir
Déshonorent tes doigts laiteux comme la lune, —
Et bannis de tes yeux les reflets du miroir…
Voici l’heure très simple et très chaste du soir
Où la couleur opprime, où le luxe importune.

Délivre ton chagrin du sourire éternel,
Exhale ta souffrance en un profond appel :
Les choses d’autrefois, si cruelles et folles,
Laissons-les au silence, au lointain, à la mort…
Dans le rêve qui sait consoler de l’effort,
Oublions cette fièvre ancienne des paroles.

Je baiserai tes mains et tes divins pieds nus,
Et nos cœurs pleureront de s’être méconnus,
Pleureront les mots vils et les gestes infâmes.
Des vols s’attarderont dans la paix des chemins…
Tu joindras la blancheur mystique de tes mains,
Et je t’adorerai, dans l’ombre où sont les âmes.

"Soir" de Renée Vivien extrait d'Études et préludes

Renée Vivien, poétesse parnassienne


Ne pas pouvoir se tenir la main en public, pour éviter les remarques désobligeantes, se cacher pour s'aimer, c'est le quotidien des homosexuels, des lesbiennes et des transegenres. Dans les petites communes où tout se sait, la discrétion est une quasi obligation pour vivre tranquillement. Dans un contexte où la droite réactionnaire et l'extrême droite sont en train d'envahir toute l'Europe, les libertés individuelles sont menacées. 

La gaypride de Montpellier 2016

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